Cultures

Libres cueillettes de fraises

La liberté révisée

Publié le 20/05/2020 | par Bérengère de Butler

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Dans les libres cueillettes, le port du masque est recommandé. Une recommandation que certains choisissent d'appliquer, d'autres non.
Germain Schmitt
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Il y aura sans doute beaucoup de fraises, cette année... Mais pas très longtemps, préviennent les producteurs.
Germain Schmitt
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La profession a élaboré une affiche des règles à respecter dans les cueillettes pour éviter la propagation du coronavirus SARS-CoV-2.

Les libres cueillettes de fraises ouvrent progressivement leurs portes en Alsace. Les producteurs doivent s’adapter aux mesures de sécurité imposées par l’épidémie de Covid-19. Mais les consommateurs, avides de bols d’air et de sécurité sanitaire, ne devraient pas bouder ces produits de proximité, peu manipulés par des tiers.

Le printemps estival a bien profité aux fraises d’Alsace. Lilian Boullard, conseiller fraises à Planète Légumes, décrit une floraison groupée, abondante et très précoce : « Nous avons deux semaines de précocité. Une de plus que l’année dernière, qui affichait déjà une semaine d’avance par rapport à une année normale. » Conséquence : il y aura sans doute beaucoup de fraises, mais pas très longtemps. Lilian Boullard estime que la saison devrait durer au plus tard jusqu’au 15 juin. En outre, qui dit floraison abondante, dit souvent petit calibre.

Lundi 11 mai, jour du déconfinement, deux libres cueillettes avaient ouvert leurs portes dans le Bas-Rhin : la cueillette Hartmann à Berstheim et la cueillette Krieger à Haguenau. Elles avaient même pu accueillir les premiers libres cueilleurs quelques jours avant, puisque la préfecture du Bas-Rhin avait autorisé l’ouverture des libres cueillettes avant le déconfinement, moyennant le respect des règles de sécurité, contrairement à la préfecture du Haut-Rhin (lire encadré). Une chose est sûre, le déconfinement tombe bien, car les fraises arrivent doucement mais sûrement à maturité.

 

 

Enfin, sûrement, c’est vite dit : interrogé lundi 11 mai, Olivier Grinner, président de l’association des producteurs de fraises d’Alsace et propriétaire de libres cueillettes à Nordhouse et Erstein, attendait avec angoisse de voir à quel point le mercure allait descendre dans la nuit : « Ça va définir la saison. À ce stade, s’il gèle trop fort, on peut perdre jusqu’à 80 % de la récolte », déclarait-il alors que le vent et la pluie empêchaient certains producteurs de mettre en place des mesures de protection. Au final, « le sud de l’Alsace a été plutôt épargné, grâce à une couverture nuageuse et parce que certains producteurs ont eu la possibilité de couvrir les fraisiers », décrit Lilian Boullard, qui estime que le nord de l’Alsace a pu être davantage affecté. De son côté, Olivier Grinner n’aura finalement eu à déplorer que de « légers » dégâts.

Des fraises et du gel

Reste que les cueillettes ouvrent cette année dans un contexte particulier, alors que la menace d’une deuxième vague de l’épidémie de Covid-19 plane sur une France qui se déconfine : « Chaque cueillette a son propre fonctionnement pour faire respecter les gestes barrière », indique Olivier Grinner. Chez lui, des panneaux rappellent les règles de base, comme le fait de se laver les mains avant d’aller à la cueillette et en rentrant chez soi, de respecter un mètre de distance avec les autres personnes… « Le port du masque est recommandé, et le personnel en est équipé. Une signalétique de déplacement autour des caisses évite aux gens de se croiser, et du gel hydroalcoolique est à disposition », détaille-t-il.

Les premiers producteurs à avoir accueilli du public ne constatent aucun changement dans les habitudes des libres cueilleurs. Pas de ruée, mais pas de désertification non plus. Principal changement : les libres cueilleurs avancent désormais masqués.

 

 

Rendez-vous ici pour trouver des libres cueillettes proches de chez vous : fraise-alsace-libre-cueillette.fr

Une pré-ouverture cacophonique

Certains producteurs voyant leurs fraises arriver à maturité avant le 11 mai, l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla), la Chambre d'agriculture d’Alsace et les FDSEA du Bas-Rhin et du Haut-Rhin ont sollicité l’administration pour pouvoir ouvrir les libres cueillettes avant la levée du confinement. Une même requête qui a donné lieu à des réponses bien différentes. Dans le Bas-Rhin, la préfecture a donné son autorisation rapidement et sans tergiverser : « À condition de respecter un protocole de sécurité, toutes les libres cueillettes qui le souhaitaient ont pu ouvrir leurs portes », indique Yannick Wir, qui a suivi le dossier à l’Ifla. La préfecture du Haut-Rhin a été plus frileuse : « On nous a dit, oui, pourquoi pas, à condition de présenter un protocole permettant de respecter les règles de sécurité. Et c’est ce que nous avons fait. Nous avons travaillé à l’élaboration de ce protocole, à des panneaux d’affichage. Malheureusement, ce travail n’a pas porté ses fruits puisqu’après l’étude de ce protocole, qui donnait satisfaction à la DDT et à la Draaf, la préfecture a finalement refusé d’autoriser les libres cueillettes à ouvrir avant le 11 mai. » Une décision que regrette Yannick Wir : « Certains producteurs ont raté un week-end prolongé propice à la vente, alors que notre protocole était solide. »

Au-delà des enjeux économiques pour les producteurs, « nous avions aussi mis en avant l’intérêt des libres cueillettes de fraises pour les familles modestes, qui peuvent s’y approvisionner en fruits et légumes frais à moindre coût ». Et puis l’argument de vouloir protéger la population est discutable : « Une fraise achetée dans un magasin a été cueillie, conditionnée, transportée, réceptionnée, mise en rayon, prise en main par le consommateur, puis pesée sur une balance qui a été touchée par d’autres clients, reprise en main par le consommateur, prise en main par la caissière, puis reprise en main par le consommateur. Au final, pas moins de huit personnes ont manipulé ce fruit, alors qu’une fraise cueillie en plein champs est ramassée par une personne, prise et pesée par une autre, ce qui ne fait que deux personnes », expose Yannick Wir.

Bérengère de Butler

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