Vie professionnelle

Pisciculture Bihl à Friesen

Le poisson trouve son public

Publié le 06/06/2020 | par Jean-Michel Hell

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Gilles Kiené-Bihl a pris la gérance de la société en début d'année.
Jean-Michel Hell
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L'entreprise est située à Friesen dans le Haut-Rhin.
Jean-Michel Hell

Depuis 1948, les établissements Bihl à Friesen commercialisent toutes sortes de poissons d’eau douce. Le grossiste s’est adapté aux contraintes de la crise sanitaire en livrant davantage les grandes et moyennes surfaces, et en assurant des livraisons à domicile.

L’histoire de l’entreprise débute après la Seconde Guerre mondiale. Camille Scherrer œuvre avec Raymond Bihl, son neveu, autour de la carpe. Au courant des années 1950, le second Raymond Bihl, grand-père de l’actuel gérant Gilles Kiené-Bihl, les rejoint dans le but de développer l’activité du poisson d’eau douce dans la région. Les deux Raymond, beaux-frères à la ville et associés en affaires, travaillent main dans la main et débutent les transports longue distance en camion vivier avec système d’oxygénation, pour importer des truites depuis la Normandie notamment. Dans les années 1970, pour faire face à la demande croissante en carpes, la priorité est de se fournir en France aussi longtemps qu’il existe des disponibilités et de compléter l’approvisionnement en fonction des besoins à l’étranger. Cette philosophie demeure encore aujourd’hui.

À la fin de des années 1980, les deux Raymond décident de passer la main à leurs enfants. « Durant ces années, le métier a évolué et nous sommes passés à l’ère du prêt à consommer. Nous assurons la transformation dans nos ateliers des carpes et truites en fonction de la demande de nos clients. Notre politique est l’hyper fraîcheur. Le poisson est transformé dès réception de la commande et livré le lendemain. Le poisson transformé, a toujours été et reste le cœur de notre activité », explique Gilles Kiené-Bihl qui, depuis le 1er février 2020 poursuit l’activité dans un domaine qui lui est cher, en cultivant les valeurs familiales en place depuis 1948. L’entreprise compte une dizaine de salariés, tous sur le site de Friesen, pour le laboratoire de transformation, le travail administratif. Il y a aussi les chauffeurs. « Avant d’être commercialisés, nos poissons sont élevés en pisciculture. Ensuite, ils sont acheminés dans notre laboratoire pour répondre à la demande de nos clients. Nous disposons d’infrastructures répondant aux normes pour transformer et conditionner nos poissons dans les meilleures conditions », ajoute Gilles Kiené-Bihl.

Les supermarchés visés pour la vente

« Il y a quatre bassins situés dans un entrepôt et une dizaine de bassins de stockage non loin. L’idéal est de laisser les poissons dans ces bassins une quinzaine de jours, grand maximum », enchaîne Gilles Kiené-Bihl. Ces deux derniers mois, le travail a été d’autant plus important qu'il a fallu faire face à la crise sanitaire. « Comme les restaurants étaient fermés, nous avons essentiellement livré les grandes et moyennes surfaces, représentant 10 % du volume habituel. C’était nécessaire car cette période coïncidait avec l’ouverture théorique de la pêche à la truite et, en avril, du week-end de Pâques. Habituellement, ces deux mois représentent une grosse partie de notre chiffre d’affaires. L’écoulement de la marchandise vers les supermarchés nous a donc bien aidés, tout comme le chômage partiel mis en place par l’État », assure Gilles Kiené-Bihl.

 

 

L’entreprise s'est également davantage tournée vers l’alevinage en livrant, juste au début du confinement, de nombreuses associations de pêche. « Nous sommes spécialisés dans le repeuplement et l’alevinage d’étang. Nos poissons sont élevés durant une période de 10 à 36 mois, en vue d’assurer leur croissance. Ils suivent un cycle de développement très bien défini : la fécondation et l’incubation, l’éclosion, le prégrossissement et le grossissement. Ils seront ensuite prêts à être livrés. Nous commercialisons plusieurs espèces comme les carpes, les truites, les tanches, les gardons, les brochets, les perches, ou encore les sandres », précise le chef d’entreprise.

Livraisons à domicile

C’est actuellement la grosse saison. La demande est plus axée sur la truite en raison des nombreux concours de pêche qui se déroulent habituellement, dans la région, au printemps. L’entreprise Bihl travaille sur toute l’Alsace mais également sur la Franche-Comté, sur la Suisse proche et le Bade-Wurtemberg. Pendant le confinement, un nouveau service a été proposé via les réseaux sociaux : la livraison à domicile. « Nous en avons fait l’annonce et elle a été massivement partagée. Cela a été bénéfique pour les ventes. À Pâques, deux chauffeurs ont livré de nombreux clients. Ce n’est pas notre métier. Mais cela a permis de compenser le volume. Nous avons livré sur toute l’Alsace en regroupant les commandes pour faciliter les tournées des chauffeurs. J’ai moi-même assuré des livraisons sur la partie ouest du Sundgau », se félicite Gilles Kiené-Bihl.

A minima, la commande devait être de 3 kg de poissons de différentes espèces. Sur le site de l’entreprise, il est également possible de venir s’approvisionner grâce à la vente au détail. Il faut au préalable appeler pour faciliter la préparation de la commande. Ce service existe depuis toujours. « Mais pas dans les mêmes proportions qu’actuellement. Les gens en ont entendu parler. Du coup, ils viennent plus facilement chez nous. Cette crise sanitaire a fait naître chez eux de nouvelles habitudes de consommation. Et comme nos poissons sont hyper frais, les gens apprécient. Il y a donc des aspects positifs dans cette période que nous venons de vivre. Nous avons eu de nouveaux clients. Cela a atténué l’impact économique », conclut Gilles Kiené-Bihl dont l’entreprise a toujours pu livrer en Allemagne.

 

Jean-Michel Hell

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