Vie professionnelle

Distribution alimentaire

Le rush vers la Ruche

Publié le 05/04/2020 | par Florence Péry

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Germain Schmitt
A la Ruche de Brumath, la distribution a perdu en convivialité mais gagné en sécurité, grâce au respect des gestes barrières imposés par l'épidémie de Covid-19.

La mise en place du confinement a bouleversé les circuits de distribution alimentaire classiques. Alors qu’une partie des marchés de plein air sont fermés, le réseau de vente directe La Ruche qui dit oui tire son épingle du jeu.

Depuis que le confinement est entré en vigueur, Claudine Lapp est submergée par les commandes. « D’habitude, j’ai 20 à 25 clients réguliers. La semaine dernière, il y en avait 73… » Il y a les habitués mais aussi les anciens clients qui avaient décroché et de nouveaux venus qu’elle n’avait jamais vus auparavant. Les distributions de la Ruche de Brumath ont lieu chaque mardi de 18 h à 19 h 30 au Jardin de l’escalier, un jardin classé remarquable dont la propriétaire tient aussi des chambres d’hôtes, une table d’hôtes et une galerie d’art. Claudine Lapp, la responsable de la Ruche, sert d’intermédiaire entre une trentaine de producteurs locaux et des clients soucieux de se nourrir avec des produits de qualité venant des environs : produits laitiers de Durningen et de Riedheim, bière de Wingersheim, volaille d’Eberbach, pommes de Rottelsheim, légumes de Hoerdt… « On est vraiment sur du local », insiste Claudine Lapp, qui mentionne un rayon d’approvisionnement de 23 km.

Alors que les marchés de plein air ont été pour la plupart interdits pour éviter la propagation du Covid-19, les Ruches continuent à fonctionner et font le plein de commandes. Même si elles ont fait leur réputation sur le contact direct entre producteurs et consommateurs, il leur est plus facile de limiter les échanges physiques : les clients passent leurs commandes et règlent sur internet et ils viennent récupérer leurs achats le mardi soir au point de distribution. « Personne ne touche les produits, il n’y a pas d’échange d’argent, c’est rassurant pour les clients », indique Claudine Lapp. Pour limiter encore davantage les contacts, la responsable de la Ruche de Brumath envoie même des SMS afin d’échelonner les arrivées au moment de la distribution.

 

 

Compenser une partie des pertes

Pour l’instant, la trentaine de producteurs qui approvisionne la Ruche de Brumath a réussi à répondre au surcroît de commandes. Ce qui réjouit Claudine Lapp : « Avec la fermeture des marchés, certains ont perdu pas mal de clients, alors si on peut compenser une partie des pertes, c’est déjà bien. » Reste à savoir si les nouveaux venus resteront fidèles à la Ruche au-delà de la période du confinement. La responsable de la Ruche de Brumath l’espère bien. Ce serait l’occasion pour eux de découvrir ce qui fait la véritable particularité du réseau, au-delà de la provenance locale et de la qualité des produits : la convivialité.

Emmanuelle Gillard, responsable de deux Ruches - une dans le quartier du Neudorf à Strasbourg, l’autre au domaine viticole Xavier Muller à Marlenheim - fait le même constat que sa collègue de Brumath : « J’ai triplé le nombre de commandes. À Neudorf, j’ai dû clôturer la vente quatre jours avant la date prévue et j’ai plafonné à 100 commandes. Je ne voulais pas en accepter plus pour que mes producteurs arrivent à suivre. » Certains des nouveaux clients se sont inscrits suite à la fermeture du marché de Neudorf, le seul marché couvert de Strasbourg. À la Ruche de Marlenheim, les commandes ont décollé un peu moins vite, mais lundi matin, à quelques heures de la clôture de la vente, Emmanuelle Gillard s’attendait à atteindre les 100 commandes également.

 

 

Face à cet afflux, certains producteurs ont été pris de court, constate la responsable de Ruche, qui peut compter sur une trentaine de producteurs, dont vingt recrutés à son initiative. Mais les quelques ruptures de produits ne devraient être que momentanées. Emmanuelle Gillard, quant à elle, n’a pas tellement changé son mode de fonctionnement puisqu’elle avait déjà adopté le principe du drive depuis deux ans.

 

Des consommateurs qui vont à l’essentiel

Avec l’épidémie de Covid-19, « les consommateurs ont beaucoup changé leurs modes de fonctionnement, constate Véronique Steinmetz, la directrice de la coopérative de Hoerdt, qui approvisionne en fruits et légumes les GMS, grossistes, restaurateurs et commerçants de la région. C’est compliqué pour les grandes et moyennes surfaces actuellement. Pour l’instant, on est encore sur des produits de fin de saison, ces produits-là, on arrivera à les écouler. Après, il faudra voir comment ça va évoluer avec la production nouvelle : les asperges, les fraises, la rhubarbe… »

Passé le pic d’achat lié à l’annonce du confinement, les consommateurs ont adopté de nouvelles habitudes : « Ils font leurs courses rapidement, ils vont à l’essentiel, cela risque d’avoir un impact sur le chiffre d’affaires. » Véronique Steinmetz s’inquiète particulièrement pour les produits délicats comme les fraises, qui ne peuvent pas être stockés pendant très longtemps, et pour les asperges. Les prix auxquels sont vendues celles du Sud de la France actuellement n’annoncent rien de bon pour la production alsacienne. À moyen terme, la directrice de la coopérative de Hoerdt s’interroge sur le budget que les ménages seront prêts à consacrer à leur alimentation une fois le confinement terminé.

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