Vie professionnelle

Inauguration de la Foire européenne de Strasbourg

L’écologie qui rassemble

Publié le 10/09/2020 | par Florence Péry

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Président du réseau de magasins Biocoop pendant 15 ans, Claude Gruffat est aujourd’hui député européen.
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Dégustation de quetsches sur le stand des fruits et légumes d’Alsace.
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Le munster de la maison Dodin, à Lapoutroie, s’est taillé un franc succès.
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La maire écologiste de Strasbourg et la présidente de l’Eurométropole, toutes deux nouvellement élues, ont appelé à une transformation en profondeur de l’économie pour répondre à l’urgence climatique. Un projet qui nécessite de rassembler toutes les forces vives du territoire, y compris l’agriculture.

Elle aurait pu ne pas avoir lieu : la Foire européenne de Strasbourg a pourtant ouvert ses portes le 4 septembre comme prévu et devrait les refermer lundi prochain, au soir du 14 septembre. Son maintien s’est fait au prix d’une organisation minutieuse permettant d’assurer la sécurité sanitaire de tous les protagonistes, exposants ou visiteurs. Jeanne Barseghian, la nouvelle maire de Strasbourg, l’a répété en inaugurant la 88e édition, le 4 septembre, en présence d’élus et de représentants du monde économique. « C’est parce que nous faisons face aux incertitudes, parce que le Covid nous bouscule que nous devons continuer à vivre et nous projeter », dit-elle. Se projeter jusqu’aux festivités de fin d’année - le marché de Noël de Strasbourg sera lancé le 28 novembre, annonce-t-elle - mais plus encore pour préparer l’avenir. La nouvelle équipe municipale travaille ainsi sur « un ambitieux projet » qui permettra, assure Jeanne Barseghian, de transformer et d’améliorer le quotidien de tous les habitants.

Préparer l’avenir implique de trouver des réponses à l’urgence climatique. « C’est l’avenir de notre économie », affirme la maire écologiste, précisant que cette orientation doit être « facilitée, accélérée, accompagnée par les politiques publiques » dans tous les domaines : l’agriculture, le commerce, l’artisanat, l’économie sociale et solidaire. Jeanne Barseghian s’engage à actionner tous les leviers dans ce sens, en particulier la commande publique. Autre priorité : apporter des réponses à l’urgence sociale « dans une des métropoles les plus inégalitaires de France ». Elle souhaite notamment, dans un souci d’équité territoriale, remettre « des services publics, des commerces et donc de l’emploi là où les besoins sont les plus criants ».

 

 

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Tous ensemble

La nouvelle maire de Strasbourg compte bien embarquer toutes les forces vives dans cette transformation vers « une économie plus locale, plus durable, plus solidaire ». L’ambition est partagée par l’exécutif de l’Eurométropole de Strasbourg. Pia Imbs, sa présidente, le confirme. Mais pas question de passer en force, ni de faire la leçon aux chefs d’entreprise. Persuadée qu’« opposer écologie et économie n’a plus de sens », la présidente de l’Eurométropole en appelle à l’engagement collectif : « C’est tous ensemble que nous réussirons cette grande transformation. »

Tous ensemble ? « Nous aurons besoin des acteurs du BTP et des artisans pour la rénovation thermique des bâtiments, des agriculteurs pour une offre alimentaire de qualité, des paysagistes et des horticulteurs pour la végétalisation des espaces publics, des acteurs de la mobilité pour inventer des solutions de transport alternatives à la voiture, des personnes qui savent réparer pour ne plus jeter et favoriser l’économie circulaire, des acteurs de la finance pour accompagner les entreprises vers la transition écologique… »

Cette transformation va créer de l’emploi, assure la présidente de l’Eurométropole, qui annonce le lancement en septembre d’un pacte pour l’économie locale, sociale et durable s’appuyant notamment sur les idées émises par les entreprises et les Chambres consulaires. Il s’agira d’agir en complémentarité avec l’État, la Région et le Département, qui ont élaboré chacun leur propre plan de relance dans la foulée de la crise sanitaire. Un travail de fond attend donc la collectivité. Un travail qui permettra de « concilier économie et écologie et de garantir les emplois et les entreprises pérennes sur notre territoire », assure Pia Imbs.

« On peut encore agir »

« C’est au niveau local que l’essentiel de la nouvelle économie va se jouer demain », considère pour sa part Claude Gruffat, député européen. Pour l’invité d’honneur de cette 88e édition, il y a « une urgence absolue d’un changement de modèle économique ». Il en veut pour preuve les dégâts provoqués par le productivisme à tous crins. La disparition des animaux sauvages, des populations d’insectes et d’oiseaux, la baisse de la fertilité des sols sont des bombes à retardement, n’hésite pas à dire le député européen. « La pandémie doit nous faire réfléchir, ce n’est pas d’une transition mais d’une mutation dont nous avons besoin. »

 

 

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Face à ce constat d’une nature dégradée, Claude Gruffat ne se résigne pas. « On peut encore agir. On a à peu près 10 ans pour opérer ce changement radical vers une économie décarbonée, plus sobre, avec une meilleure prise en compte du social ». Fils de paysan, ancien conseiller agricole, le député européen membre du groupe Les Verts-ALE entend incarner le combat d’une économie réconciliée avec l’écologie. Il a assisté à l’émergence de l’agriculture biologique dans les années 1980, modèle qui l’a convaincu en raison de son discours sur les produits et sur la qualité des sols. Il a choisi de s’y engager, non pas en s’installant comme agriculteur mais en ouvrant un magasin de produits biologiques à Blois. La rencontre avec l’association Biocoop l’a amené à s’investir dans ce réseau qu’il a présidé de 2004 à 2019. En 15 ans, le nombre de magasins affiliés à Biocoop a plus que doublé : ils sont aujourd’hui 530 magasins employant plus de 6 000 salariés. Le chiffre d’affaires atteint 12 milliards d’euros (Md€) dans le même temps.

60 000 paysans de proximité à installer

Biocoop a également permis l’émergence de filières de production agricoles contribuant à « faire vivre les paysans, mettre en marché les produits et satisfaire les consommateurs ». Fier de cette réussite, Claude Gruffat estime que « dans les sept ans qui viennent, on aura besoin d’installer au moins 60 000 paysans de proximité » pour répondre à la demande grandissante de produits biologiques locaux. L’agriculture biologique, qui était « un signal faible » il y a 35 ans s’est donc muée en véritable modèle de société. Un modèle dans lequel la coopération occupe une place centrale. C’est à cette particularité et à des valeurs solidement et fermement défendues que Biocoop doit sa réussite, affirme le député européen.

Fort de son expérience, il appelle l’auditoire à s’engager pour une économie « au service de l’humain, une économie durable respectant les liens sociétaux et la biodiversité. Une économie dans laquelle l’espèce humaine ne domine pas la nature parce qu’elle en a peur mais qui vit avec parce qu’elle la connaît. »

Florence Péry

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