Agriculture de montagne
Ferme du Kraitland et Holschlag 2 à Dolleren : le pastoralisme fait son cinéma
Agriculture de montagne
Publié le 07/08/2026 | par Jean-Michel Hell
Les fermes du Kraitland et Holschlag 2 ont proposé samedi soir 25 juillet devant la piste du Schlumpf au-dessus de Dolleren une soirée « cinéma agricole » précédée d’un marché paysan et de dégustations de tartes flambées. Plus de 350 personnes ont répondu présent.
Il y a bien une association des producteurs fermiers de la vallée de la Doller et du Soultzbach qui propose depuis 2011 un marché paysan à Masevaux. « Nos fermes voisines avaient envie de travailler ensemble et d’imaginer de nouvelles animations pour nos clients. Nous avons proposé une ferme ouverte il y a deux ans et des contes à la ferme l’an passé. Cette fois, nous avons voulu voir plus grand. Nous voulons mettre en lumière la vente directe et notre profession agricole. Et comme 2026, c’est l’année internationale du pastoralisme, nous avons trouvé pertinent d’organiser cette manifestation sur ce site où nous faisons pâturer nos vosgiennes », indique Roger Trommenschlager de la Ferme du Holschlag 2.
Pour eux, l’essentiel, c’est de montrer l’importance de cette activité économique agricole. « Nous écoulons nos produits uniquement par le biais de la vente directe. Cela tombe donc sous le sens d’organiser une fête pour rassembler nos clients et leur rappeler que nos fermes tournent et se développent grâce à leurs achats. Aujourd’hui, il faut être excellent dans notre travail. Avec les conditions météo de ces derniers mois, nous savons que nous allons avoir des difficultés. L’hiver va être rude. Il est donc essentiel de bien communiquer et d’entretenir les liens », ajoute Laetitia Koenig, de la Ferme du Kraitland.
« Nous sommes tournés vers l’avenir »
Les paysans insistent : ils ne se plaignent pas, bien au contraire. Ils font la promotion d’une activité agricole tournée vers l’avenir. Néanmoins, la réalité est bien là. « Nous proposons cette manifestation entre les foins et les regains. Mais nous ne savons pas si nous allons en avoir cette année. La repousse de l’herbe est impactée. Il y a des prés où nous ne pouvons plus mettre les animaux car il n’y a plus d’eau. Depuis la première canicule, nous avons eu une quinzaine de millimètres de pluie. Bien évidemment, il y a des vallées plus arrosées que d’autres. Mais, là, oui, c’est compliqué », constate Roger Trommenschlager.
Dans un système tourné vers l’herbe, cette situation complexe intervient après deux années humides exceptionnelles. « Nous savions en nous installant que cela n’allait pas être simple. Nous ne regrettons rien. Nous avons 70 vosgiennes sur une surface de 90 hectares avec 100 % de prairies permanentes. En nous installant, nous avons fait le choix de convertir la ferme en bio. Nous l’avons fait en hors cadre familial en 2021. Jonathan était charpentier et moi manager de projet et gestion de l’entreprise. Ce métier est passionnant. Nous ne sommes pas que des fermiers mais de vrais chefs d’entreprise. Nous devons prendre des décisions au quotidien. Nous avons des pâtures qui dépendent des sources de montagne. Nous avons fait ce choix pour notre vie de famille », précise Laetitia Koenig.
La solidarité paysanne
Pour communiquer, expliquer, vendre, promouvoir, ils ont donc imaginé cette soirée. Ils ont été aidés d’une centaine de bénévoles. Certains les suivent pour la troisième année consécutive. « C’est cela la solidarité paysanne », se félicite Valérie Trommenschlager. Dès 18 h ce soir-là, pendant plus de deux heures, un marché paysan a proposé les produits fermiers en question.
Parmi les présents, il y a eu un invité : Sébastien Fuchs, d’Obersaasheim. Il a proposé à la vente ses pains 100 % épeautre avec un levain d’épeautre, sans oublier ses brioches et kougelhopfs également 100 % épeautre. « C’est Laetitia Koenig qui m’a invité à participer. J’ai pas mal à faire chez moi et sur le marché St Joseph à Colmar le samedi. J’ai répondu positivement car cela permet de faire connaissance. Mon épeautre est non hybridé. Je transforme ce que je cultive. Mes prix sont stables depuis 15 ans car il n’y a pas d’intermédiaires. Je cultive sur 30 hectares. Je pratique une mouture à la ferme sur meule de granit. Mon produit est de qualité. Il tient la route. C’est important car du pain en bio, il y en a pas mal sur le marché. Je me démarque », note Sébastien Fuchs.
Le marché paysan terminé, place à la dégustation des tartes flambées. « 200 repas ont été réservés. Nous savons déjà que nous en faisons davantage. C’est une belle marque de confiance que nous font nos clients de répondre présent », se félicite Valérie Trommenschlager. On croise même Florent Campello venu de Mittlach et Jean-Michel Curien parti de La Bresse. « Nous avons comme eux des vosgiennes. Et puis, la solidarité paysanne nous a guidés ici », témoignent les deux éleveurs. Une belle convivialité anime la soirée. « Nous sommes venus de Grandvillars dans le Territoire de Belfort. Des amis sont clients ici. Nous sommes venus avec eux. Effectivement, c’est une belle soirée. Les éleveurs ont du courage de travailler ici. Leurs produits sont excellents », témoignent Serge et Isabelle Renger.
Une belle « réclame »
La nuit tombe et le public commence à s’installer sur la « scène », la piste du Schlumpf. Les fermiers préviennent cependant le public. « Ne fumez pas s’il vous plaît. » Personne ne réagit mais tout le monde a compris. Selon les propres mots de Roger Trommenschlager, on passe d’abord la « réclame » avant le film. Il s’agit de deux vidéos réalisées par Elise Collignon, journaliste vidéo au Paysan du Haut-Rhin et à l’Est agricole et viticole. Ces vidéos présentent l’activité des deux fermes et la réalité agricole.
Vient ensuite le fameux film : « Vingt Dieux ». Réalisé par Louise Courvoisier et sorti en 2024, il a réalisé près d’1 million d’entrées en France et a été le 38e plus grand succès au box-office France 2024. Il s’agit d’un film qui oscille entre le drame et la comédie où l’on trouve les champs, la forêt et les vaches. Une histoire agricole tournée dans le Jura. Il est 23 h passé de quelques minutes quand la projection se termine. Pour les uns, il est temps de profiter d’une soirée dansante, pour les autres, de rentrer dans les foyers de la vallée.
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